PONSAS… VILLAGE DU FRONT

 

Pour aller au-delà de Tain la circulation étant interrompue sur la route nationale n° 7, il faut franchir le Rhône et remonter jusqu’à Sarras, où l’on traverse le fleuve pour revenir à St Vallier. Il faut donc redescendre sur la route n° 7, à quelques kilomètres de cette dernière ville, pour trouver l’embranchement de Ponsas. Les bornes annoncent 2 kilomètres pour atteindre le petit village de 300 habitants. Mais aujourd’hui, on ne dépasse guère quelques hectomètres. Un amas de branchage, de rochers, de pierres vous arrête, barrant le lit de boue qui lentement s’écoule. Au-delà, il y a un village désolé, village du front. Comment ne pas évoquer aujourd’hui une telle catastrophe…

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Partout l’on travaille, on peine, on lutte. Le courage ne manque nulle part, pas même à Ponsas, où pourtant ?…

 

PONSAS, LE VILLAGE DESOLE

 

C’est toujours à Ponsas qu’il faut aller pour mesurer, dans son plein, l’étendue du sinistre.

Sous le soleil de ce matin, le petit village était désolé. Partout apparaît la trace des eaux. Elles ont laissé leur signature, une ligne qui a été dessinée sur chaque maison, à deux mètres du sol. En dessous ce trait fatal, tout est dévasté. Le sol est creusé de tranchées inégales. Les objets pêle-mêle, s’entassent à certains points qui firent barrage et  contre lesquels vinrent s’écraser, à la fois, les arbres arrachés, les meubles sortis des maisons, les bêtes mortes. Un fourneau d’émail blanc, gît près d’un matelas éventré et d’une machine à coudre. Le tiroir d’une commode a répandu dans la boue tout ce qu’il contenait d’intime, de précieux, d’inutile.

On croise une femme emportant dans ses mains boueuses un paquet de fourchettes et de couteaux, qu’elle est allé chercher dans le sable, là où elle pensait que devait être sa cuisine, jadis… Jadis, c’est-à-dire avant-hier.

On s’arrête devant une maison ouverte, comme par une bombe d’avion. Dans l’amas des décombres on aperçoit des meubles saccagés et dans ce qui reste de la demeure, apparaît une cheminée avec sa pendule et, de chaque côté des diplômes encadrés. Une armoire, deux de ses pieds dans le vide, paraît suspendue comme un jouet placé hors de la portée d’un enfant. Voilà ce qui fut la chambre avec un long chapelet de bois suspendu à la tête du lit. Le lit, il a dévalé sur le plancher arraché et son bois verni émerge de la montagne de sable et de boue.

 

Il y eu ainsi cinq immeubles détruits. Ceux de MM. Roche, Genevier, Sarles et Pinet, mais tous les autres ont souffert. Dans les pièces du rez-de-chaussée, 2 mètres de sable sont restés après que l’eau, peu à peu, se soit retirée. Se mêlant aux arbres déracinés, une montagne de pierres et de gravats apparaît au milieu d’une salle à manger. La boue recouvre tout. C’est une boue collante, qui rappelle la qualité du sol de ce pays de poterie.

 

 

UNE NUIT DE CAUCHEMARD

 

Nous avons pu joindre, sur le seuil de la mairie, qui ne tient qu’à son perron de n’avoir pas entièrement été inondée, M. Mayoussier, le maire de la petite commune :

-        C’est un affreux malheur pour notre pauvre pays !  Nous avons reçu un coup terrible !

Le maire et les amis qui l’entourent font le récit de cette dernière nuit qui fut une nuit de cauchemar :

-        Le Riverolles, le torrent qui vient de Douévas, le « Riou » comme on dit habituellement était à sec depuis cet été. Mercredi soir, il monta un peu jusqu’à atteindre presque le parapet de ses berges. On se coucha à Ponsas avec un peu d’inquiétude. Quel réveil à 4 heures du matin !  La pluie venait de prendre une intensité effrayante et une tornade s’abattait sur la région. Le « Riou » qui coulait déjà à pleins bords franchit ses berges. Il y eut deux mètres d ‘eau dans les rues en quelques minutes et les sauvetages devenaient urgents. Il fallut arracher les vieillards à leur sommeil, faire partir par les toits de nombreuses personnes et notamment une jeune accouchée de 4 jours avec son bébé.

……

A Ponsas, M. Moutet s’est longuement entretenu avec le commandant du détachement du 4ème génie de Grenoble, venu cette nuit à Ponsas, sur les instances de M. Valette. Il a félicité les hommes de troupe qui se dépensent avec une énergie remarquable.

S’entretenant avec M. Mayoussier, maire de la malheureuse commune, le ministre a demandé que soit établie d’urgence la liste des personnes les plus nécessiteuses, en vue d’une aide immédiate. Par ailleurs, M. Moutet a promis de faire déposer, dès son retour à Paris, un projet de loi tendant à attribuer un secours aux sinistrés.